"Il est également absurde de vivre en perdant de vue le paramètre absolue de la mort que de laisser la pensée de la mort prochaine gâcher mon existence."
Roland Topor

Quarantedeux

Vivre, c'est prendre un risque à chaque instant.

  • Dimanche 18h30. Nous sommes des milliers sur les routes à regagner nos pénates de plus ou moins bonne humeur.
    J'ignore superbement les 3 994 tués et 79 056 blessés sur les routes de France en 2010.
  • Mercredi. Je fais de la place dans mon emploi du temps pour accompagner mon fils à sa compétition de VTT.
    Mutique et pétrifiée par le risque qu'il soit victime d'un accident.
    Dire qu'à une époque, des chanteurs osaient faire l'apologie de la bicyclette et de la fille du facteur.
    Je manque d'avoir une crise cardiaque à la seule évocation de mon fils amoureux.
    C'est là que j'apprends que les maladies de cœur sont la première cause mondiale de décès et que même en évitant la malbouffe, 13 gènes en seraient responsables.
  • Jeudi, direction Paris. Aucun horaire de train ne convient à mon emploi du temps. Une chance.
    J'évite le risque pris par les 3 441 personnes tuées ou grièvement blessées dans des accidents ferroviaires de l’Union Européenne.
    Diner animé entre amis dans un restaurant japonais.
    Refonte du monde et lancement de la énième version de sa domination.
    Peu m'importe que le débat dégénère en bagarre parce que nos avis divergent.
    Si j'en crois la dgccrf j'ai une chance inouie de ne pas avoir passé ma nuit d'hôtel - indifférente aux risques d'incendie - à vomir dans la salle de bain. J'ai la baraka et j'échappe dans le même temps à l'accident domestique.
  • Vendredi matin tôt, j'allume mon ordinateur - qui peut prendre feu en un éclair - et regarde d'un œil la télévision - qui peut imploser en un éclair.
    L'hôtel est toujours debout et je prends une très longue douche, m'exposer une seconde fois à découvert aux risques de la salle de bain, en ayant eu soin de vérifier n'être l'objet d'aucune surveillance d'écologistes extrémistes.
    Je ne suis pas au Bates Motel, je peux me le permettre, au mépris du risque de glisser dans la baignoire,
    J'avale un double espresso, faisant fi des risques lié à l'absorption de cette drogue d'utilisation courante qu'est la caféine et je me rends à pied à mon rendez-vous, ignorant superbement les 800 décès par an et les plus de 17 000 blessés dans des accident piéton.
    Bouger il faut, m'a seriné le site gouvernemental. ça marche. Mais si c'était dangereux et qu'on nous mente ?
    Une fois arrivée miraculeusement sans encombre, je prends l'ascenseur, décidant de snober les risques de crash, parce que 17 étages à pied, si bouger c'est dangereux, je ne veux pas prendre le risque.
  • Je m'assoie enfin sur une chaise - tant pis pour les risques d'accidents dus à une chute, si je reste debout, je risque le malaise vagal.
    Dans un élan d'héroïsme benêt, je bois mon second café, augmentant ainsi considérablement le risque de troubles liés à l'absorption de caféine.
    Pour la beauté du geste et le velouté du breuvage.
  • Je fumerais bien une cigarette mais, il ne faut pas jouer avec le feu. De toutes façon, c'est interdit.
    Ou alors je devrais sortir. Dehors.
    Où le ciel peut à tout instant me tomber sur la tête.

Nous sommes tous des survivants. Certain(e)s plus que d'autres.
Nous allons tous mourir. Certain(e)s dans plus longtemps que d'autres.

Une pensée pour celles et ceux qui sont désespéré(e)s par la disparition ou la mort d'un(e) proche, d'un(e) inconnu(e) ou d'un autre être vivant qui ne l'est plus.
Such is life.

Tag(s) : #Technology

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