Certains pays, dont le Canada, ont adopté une norme simple en ce qui concerne le droit d'auteur : Life + 50.

50 ans après la mort d'un auteur, ses écrits tombent (ou montent - je préfère montent) dans le domaine public. Ils deviennent alors un bien commun, libre de droit.
Il doit certainement y avoir quelques contraintes, au moins en termes de droit moral, peut-être, mais plus aucune en termes de droit d'auteur.

Life + 50. C'est déjà long, surtout vers la fin. 50 ans. Deux générations. Le temps que les écrits soient intégrés dans le grand chaudron de la mémoire collective, ou qu'ils tombent, là le verbe est précis, dans l'oubli.

Le bien commun. La res publica, cette chose publique qui appartient à tous sans pouvoir appartenir à un(e) ou quelques un(e)s en particulier.

Life +50. 50 ans après la mort d'un auteur pour continuer à en tirer bénéfice pour les ayant-droit.

Ayant-droit. Pourquoi donc le terme n'est pas ayant-droit-et-devoir ? Devoir de veiller sur l'utilisation de ces écrits, et pas seulement le droit d'en tirer des bénéfices, le devoir de laisser à la postérité dans des délais raisonnables les oeuvres pour qu'elles puissent être enrichies par les générations suivantes.

Pour le bien commun. Pour l'amour de l'art. Qui n'est pas incompatible avec des considérations mercantiles raisonnables. Life +50. Deux générations. C'est déjà long, surtout vers la fin.

Je lis avec bonheur par François Bon la traduction non autorisée du Vieil Homme et la Mer d'Ernest Hemingway, mort en 1961 à Ketchum dans l'Idaho, Etats-Unis d'Amérique. Il y a donc plus de 50 ans. Hemingway l'américain est donc ressortissant du droit d'auteur de la bannière étoilée. Que dit ce droit en ce qui concerne ce vieil homme et la mer ? Date de parution + 28 ans.
C'est correct, 28 ans, une génération.

Oui mais. Pour tous les ouvrages publiés entre 1923 et 1963, si le copyright est renouvelé en temps et heures par les ayant-droit qui ont si peu de devoir, il s'applique pour ... 67 ans de plus.

Soixante sept ans.

Le vieil homme et la mer, publié en 1952 + 28 ans + 67 ans. Soit ...  2047. Le vieil homme et la mer montera dans le domaine public américain en 2047. Je ne serai sans doute pas à même de voir cela, ni même en état d'en rédiger une traduction ou une adaptation, encore que avec les progrès de la médecine et de l'informatique, qui sait. Mais je divague sur la Vieille Femme et la Mer.

Et pour la France ? Les ayant-droit ont cédé, doux euphémisme pour dire vendu, leurs droits aux Editions Gallimard auxquelles s'applique le droit français soit, pour la France donc, Life +70 ans.

3 générations ! 3 générations de rentiers d'un secteur de l'édition géré par des industriels qui crient à l'exception culturelle. Foutaise ! 

De fait, non, ce serait péjoratif pour les industriels, qui eux savent que leur activité repose essentiellement sur la Recherche et le Développement. Pas sur l'exploitation statique d'un catalogue de classiques dans lequel on n'investit pas durant Life +70.

Le bénéfice du livre n'est pas une rente de situation ni de position. Ou ne l'est plus. Les temps changent. Avec ou sans vous.

Messieurs, Mesdames les industriels du livre, votre capital se déprécie et la culture se meurt. Mais parfois, ne se rend pas.

A man can be destroyed but not defeated.
Un homme, ça peut être détruit, mais pas vaincu.
- Ernest Hemingway, Le Vieil Homme et la mer
Traduction française de Jean Dutourd.
Première édition de la traduction française parue en feuilletons (sic) dans Paris-Presse du 2 au 15 décembre 1952.

Sans cesse réédité depuis, du même et unique traducteur.
Mais avec des rééditions augmentées. Enfin quand je dis augmentées, je me comprends. Une des dernières, toujours le même texte mais illustrée de 12 lithographies originales en couleurs par Antonio Totero, que l'on trouve encore chez quelques dealers spécialisés pour la modique somme d'environ 300 euros.

Les vieilles maisons d'éditions et la mer. De vieilles moules accrochées à leur rocher rongé par l'érosion. Si le livre est immortel, l'érosion l'est aussi !

Et voici l'exemplaire lu sur mon iPad du Vieil Homme et la Mer, d'Ernest Hemingway, traduction par François Bon. Selon mes réglages, en 150 pages. En caractères Palatino, parce que je préfère, et avec un thème sépia, parce je préfère aussi.
Sans la sensualité du papier d'un volume de la Pléiade, ni le parfum de la Collection Blanche.
Je crois que je survivrai.

Hemingway

Question :

N'y a-t-il encore jamais eu un seul auteur qui aurait exprimé comme dernières volontés que son oeuvre monte dans le domaine public au plus tard 25 ans après sa mort ?
25 ans. Cela me paraitraît un délai acceptable, et pour les ayant-droit, et pour le bien commun.

La chronologie de cet épisode anachronique est à suivre ici.

 

 

 

Tag(s) : #Culture

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