Après 131 ans d'existence et un train raté à l'embarquement du numérique, le 19 janvier 2012, Kodak a déposé son bilan.

En 1888, avec son slogan « You press the button, we do the rest », George Eastman met le premier appareil photo simple d'utilisation entre les mains des utilisateurs et rend un procédé auparavant encombrant et difficile à utiliser, simple et accessible à tous.

On apprend aujourd'hui que pour retenir ses derniers employés, le groupe, qui emploie encore 7 600 personnes, vient de demander au juge des faillites l’autorisation de distribuer 8,5 millions de dollars à 119 personnes, sous la forme de primes représentant de 35 à 50% de leur salaire annuel. Les 5 millions de dollars restants seraient distribués à 200 autres personnes sous la forme de prime représentant 25% de leur salaire annuel. L'audience du tribunal des faillites de New York est prévue le 18 avril.

Dans le même temps, on apprend qu'Instagram, une application mobile permettant de partager ses photos drapées de filtres d'une autre époque sur les réseaux sociaux - you press the button and they do the rest, lancée en janvier 2011 et employant une douzaine de personnes, vient d'être acquise par Facebook pour la modique somme de 1 milliard de dollars, 1 000 000 000 en cash et en actions Facebook - Facebook dont la valorisation pourrait atteindre 110 milliards de dollars.

On peut se lancer dans des analyses macro froides et chirurgicales.
On peut aussi féliciter Mike Krieger et Kevin Systrom, les créateurs d'Instagram, pour l'excellent positionnement de leur entreprise et leurs capacités de négociation.
On peut également féliciter Mark Zuckerberg pour ses pouvoirs de persuasion dans l'acquisition d'Instagram et ses 30 millions d'utilisateurs, dont 1 nouveau million en moins d'une semaine avec le portage sur la plateforme Android. Go mobile or die?

On peut aussi se souvenir. Et se demander ce que ces photos posées côte à côte nous racontent du monde dans lequel nous vivons. La nostalgie n'est plus ce qu'elle étaie.

Comme ces vieux polaroid aux couleurs défraichies sur lesquels la trace persistante des débordements d'antiques bouteilles de Champagne français témoignait d'un temps béat où l'idée même de l'éclatement des bulles spéculatives faisait glousser de mépris les experts en mouvement(s).

Un service gratuit sans business-model dont la valeur repose sur le nombre d'utilisateurs et les data qui leur sont attachés, acheté 1 milliard de dollars par un autre service gratuit dont le business-model repose sur le nombre et la qualité des data utilisateurs lui-même probablement valorisé à 110 milliards de dollars après son introduction en bourse.

Une photo datée du lundi 9 avril 2012 de la faillite de la pensée. La dé-pensée qui étaie une belle tour de Babel virtuelle.

Finstabook

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Technology

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