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- Tu es une femme affable, tu devrais en écrire.

- Des fables ?

- Oui, de fabuleuses fables, apologues et autres récits affabulateurs et familiers.

- A la française, à l'eau de La Fontaine ?
Ou à la grecque, sur les traces d'Esope le boiteux ?

- A la tienne, où le faible méprisé prendrait toujours le dessus sur le puissant courtisé.
Le mot râle pour la morale.

- Je n'avais pas remarqué l'homonymie taquine du français : moral, morale, mot râle.
On dirait une fable. C'est toi qui devrais en écrire.

- Trop potache pour la morale. Pas assez pour une fable.
La frontière est ténue entre la fable et la rumeur. Je vais le nez au vent.

- L'art humeur, l'art des paroles en l'air et qui retombent avec fracas et s'enfuient de bouche à oreille.

- Et si le pôt tache, la rue meurt ?

- Et l'art humeur dans le vice versa. N'est-ce pas dans les vieux pots ...

- Cet aller et retour qui laisse des traces indélébiles et se propage de rues en rues dans un sourd grondement qui enfle.
Une sorte de palindrome qui se transmet dans n'importe quel sens pourvu qu'il fasse sens contre la personne visée.
Le bouquet mystère !

- Esope reste ici et se repose.
Je n'écrirai pas de fable. Tu connais celle de la Tortue et des Deux canards ?

- No pun intended?

332

Une tortue était, à la tête légère,
Qui, lasse de son trou, voulut voir le pays.
Volontiers on fait cas d’une terre étrangère,
Volontiers gens boiteux haïssent le logis.
 
Deux canards à qui la commère
Communiqua ce beau dessein,
Lui dirent qu’ils avoient de quoi la satisfaire.
 
Voyez-vous ce large chemin ?
Nous vous voiturerons, par l’air, en Amérique ;
Vous verrez mainte république,
Maint royaume, maint peuple ; et vous profiterez
Des différentes mœurs que vous remarquerez.
Ulysse en fit autant. On ne s’attendoit guère
De voir Ulysse en cette affaire.
La tortue écouta la proposition.
Marché fait, les oiseaux forgent une machine
Pour transporter la pèlerine.
Dans la gueule, en travers, on lui passe un bâton.
Serrez bien, dirent-ils ; gardez de lâcher prise.
Puis chaque canard prend ce bâton par un bout.
La tortue enlevée, on s’étonne partout
De voir aller en cette guise
L’animal lent et sa maison,
Justement au milieu de l’un et l’autre oison.
Miracle, crioit-on ; venez voir les nues
Passer la reine des tortues. —
La Reine ! vraiment oui : je la suis en effet ;
Ne vous en moquez point. Elle eût beaucoup mieux fait
De passer son chemin sans dire aucune chose ;
Car, lâchant le bâton en desserrant les dents,
Elle tombe, elle crève aux pieds des regardants.
Son indiscrétion de sa perte fut cause.
Imprudence, babil, et sotte vanité,
Et vaine curiosité,
Ont ensemble étroit parentage ;
Ce sont enfants tous d’un lignage.


Illustration via

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Tag(s) : #Actu, #Politics

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